Live report : FESTIVAL TERIAKI 2013
Posté par L'Excelsior le 5 septembre 2013 – 19 h 11 min

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Rendez-vous sarthois biennal, le festival TERIAKI associe l’emballement réjouissant d’un événementiel éphémère à la curiosité musicale exprimée dans les soirées plus régulièrement organisées par l’association, notamment à Allonnes ou au Barouf au Mans. De par les artistes conviés et les lieux investis, l’édition 2013 s’avère avoir été l’une des plus enthousiasmantes, avec en tiercé notable les concerts de Belone Quartet, Félix Kubin et Camera.

JOUR 1 – THEATRE PAUL SCARRON

COMBUSTION de Rko (Vatak) ouvre le festival avec un spectacle associant une expérimentation musicale de sciences physiques et une recherche visuelle aveuglante. Sorte de drone électronique, animé par des variations modulaires accouchant parfois de fantômes de mélodies, la musique de Combustion a quelque chose de primordial et de postmoderne à la fois, une sorte de chant de sirène sous Lsd, à mi-chemin entre un son organique amplifié et le buzz d’une chaîne cryptée d’une future cyber-époque. Une version 2.0 de la « Guerre du feu » dans laquelle la découverte de l’étincelle et de la torche serait remplacée par l’invention de l’électricité et du vidéo-projecteur. La production des sons commande directement un double faisceau lumineux issu du centre de la scène et qui balaie la salle à la cadence arythmique de la musique. Le faisceau s’élargit parfois, formant par intermittence un plafond lumineux qui rappelle un peu les lumières impressionnantes de Fever Ray aux Transmusicales 2009. Le dispositif requiert en conséquence un véritable cumulonimbus de fumée, maintes fois réactivé, à tel point que le gradin du théâtre est totalement envahi par un brouillard sec à l’instar des attractions fumeuses d’Ann Veronica Janssen. C’est d’ailleurs assez beau de regarder les autres spectateurs plongés dans cette vapeur blanche. On se dit que les organisateurs du festival, afficianodos des cultures électroniques, nous offre là un véritable hommage à la cigarette électronique. Ou bien une réflexion iconoclaste et nihiliste sur le processus de création. Ou bien une tripante immersion dans un univers de science-fiction dans lequel Matmos serait un cyborg. En tout cas, il s’agit de parfaits préliminaires, d’une trentaine de minutes (peut-être 10 de trop diront les plus réservés), en guise de mise en bouche pour un festival riche en incongruités et en explorations sonores.

Avec l’entrée en scène de PRIMAT et de ROME LITEAU, on assiste, pour parler poliment, à une rencontre entre art numérique et écriture contemporaine. A moins qu’il ne s’agisse d’une intervention radicalement hip-hop, associant graffiti et slam. D’un côté, les compositions picturales de Primat (qui avait déjà officié sur la carrosserie d’un berlingo en 2011, avec d’ailleurs le même camarade au micro), à l’appui d’une peinture tantôt virtuelle (cf. application développé par TAPRIK), tantôt coulante et trébuchante. D’un autre côté, une prophétie magistrale, surréaliste et superscotchante de Rome Liteau, dont les élucubrations intenses, parfois aux accents bashungiens, délivrent un propos riche de fulgurances textuelles (« l’évangile de singe »), mais difficile à résumer après coup, si ce n’est à dire que l’auteur maîtrise le langage binaire (« 1-1-1-1-0-0-0-0-0-1-1-1-0-0-0-1-0-1-0-1 » ) et utilise le terme « mandragore » cette fois-ci à deux occurrences. La posture n’est pas sans rappeler en tout cas les déclamations de Scott Walker. On se demande juste ce que cela pourrait donner si le narrateur, après un stage de reprises des Smiths, explorait des intonations vocales un peu plus popeuses. Un appel de la pop qui se fait ressentir à point lorsque le refrain « je suis une femme d’un autre siècle » de Rome Liteau est suivi par un sample de l’intro de « je suis un morse » des Beatles utilisée par Primat dans la bande son. Très belle lumière sur scène.

Sacrée entrée en matière du festival, dont l’ouverture officielle avait eu lieu en fait un peu plus tôt, non pas sur scène, mais à table, à travers un apéritif particulièrement gourmand, curieux et sophistiqué, élaboré par l’équipe bénévole de catering du festival. Une illustration de la volonté des organisateurs d’associer goût et do-it-yourself, dévoilant au grand public, le temps de cet apéro, une face cachée du festival : la qualité exemplaire de la restauration concoctée pour les artistes et les équipes techniques, telle que Sole reconnaîtra publiquement être revenu jouer pour la qualité de l’assiette. Un big up mérité pour l’investissement des bénévoles et la créativité efficace du grand chef Stevens C. Il serait d’ailleurs rigolo de publier sur le site du festival un « kitchen report » récapitulant l’intégralité des menus, le tonnage de légumes accueillis et dévoilant des fiches recettes testées et approuvées pendant ces 4 jours. Suggestion pour une prochaine édition : monter un restaurant éphémère sous la houlette de Stevens pour en faire bénéficier le public et confier l’édito à un chef étoilé.

JOUR 1 – BAROUF

Rumeur joyeuse d’un Barouf archibondé où sévit THEODORE KNIGHT, aka Debmaster. Pas vu de plus près cependant.

JOUR 2 – PARC DE TESSE

Un des moments les plus détendus du Festival aura été la première session de concerts au parc de Tessé, pour un créneau 16h-19h du vendredi synonyme de premières heures du week-end et donc particulièrement propice à la détente. A quelques mètres des Jacobins, le parc ne semble certes pas forcément situé sur un axe majeur de transhumance travail>maison, mais il offre un joli cadre bucolique, aménagé de façon minimale et délicate par Tériaki : une petite scène à l’ombre de trois arbres massifs, au pied d’une légère pente que gravit un joli chemin de câble orange, deux tétraèdres de branches liées en guise de bosquets décoratifs et une petite buvette en fond de tableau.

Sur scène, les trois formations semblent avoir en commun de délivrer, chacune à leur manière, une définition de la coolitude.

Les comparses de PELOUSE INTERDITE réussissent le défi de la carte blanche autour du projet My Hacking Bit Game en proposant une sorte de florilège de ballades de rock pastoral low-fi, enchaînant les collaborations à géométrie variable entre différents jeunes musiciens du cru et témoignant ainsi un enjouement collectif fécond et précieux.

Prenant ensuite possession de l’arène végétale et de l’assemblée de siestards, AUNE délivre, pour l’un de ses tout premiers concerts avec ce projet, une volée de sonorités électroniques fraîches et estivales.

QUADRUPEDE assume ensuite son statut de formation sarthoise la plus intéressante du moment, mais en même temps on s’en fout un peu de leurs justificatifs de domicile, juste content de voir à quel point le duo maîtrise de mieux en mieux son propos math-rock teinté de boucles samplées du meilleur effet. Ils semblent sortir de l’été avec une forme physique parfaitement adéquate à l’interprétation de leurs compositions riches et élaborées. On se croirait presque à la Villette Sonique.

JOUR 2 – SALLE JEAN CARMET

Les soirées No Data à Allonnes sont l’occasion pour Tériaki de détourner la disposition scénique habituelle de la salle, avec des scènes multiples et modulables au cours de la soirée, ainsi qu’une décoration plus ou moins conséquente. Un parti pris qui permet de surprendre le spectateur et surtout de lui proposer une autre rapport, un autre regard à la performance artistique, notamment avec des configurations en cœur de salle ouvertes à 360°.
Rappel des épisodes précédents : No Data #0 avec Marvin, dDamage, Debmaster, Gablé, Gangpol&Mit en 2009 ; #1 avec Kap Bambino, Electric Electric, Lazer Crystal, DAT Politics en 2010 ; #2 avec Euphorie, Débruit, Clara Clara, Thavious Beck & perseph One, Driver & Driver en 2011 ; #3 avec Calin, Gangpol&Mit, Barricades, Dr Von Pnok vs Realmyop en 2012.

CHAPI CHAPO ouvre le bal dans un clair-obscur feutré et chargé d’une féerie enfantine. Leur instrumentarium important (foule de vieux jouets et de petits instruments) est disposé au milieu de la salle, à même le sol, ce qui permet au spectateur de tourner autour de leur installation qui équivaut à l’emprise au sol d’au moins deux ou trois emplacements de braderie. Musicalement, leurs savantes bidouilles les métamorphosent en véritable orchestre de chambre et de petites musiques populaires.

S’en suit l’arrivée en salle de BELONE QUARTET. Ca pourra paraître disproportionné, complètement outrancier ou ultrasubjectif comme jugement, mais le retour de BELONE QUARTET donne lieu à un moment incroyable et sublime. Un moment attendu, fantasmé, prié et béni. Armelle et Mocke d’Holden, groupe plutôt confidentiel dans l’hexagone, racontait avoir récemment découvert leur propre notoriété incompréhensible et insoupçonnable à Bogota en Colombie. De la même manière, une conjonction spécifique, peut-être climatique, éventuellement cosmogonique, fait que ce nom-là, « Belone Quartet », a acquis une aura et une résonnance spécifique en Sarthe ; une ferveur qui a contaminé des fidèles touchés par leur grâce discographique et réunis au sein d’un informel mais non moins actif fan-club, le BQ72. C’est d’ailleurs à l’occasion d’une intervention musclée du BQ72 à l’antenne de radio Alpa, le 26 mars 2013 dans l’émission Vertiges de Delphine Duchemin, que Belone Quartet a été interpelé (par duplex téléphonique) quant à l’hypothèse d’une reformation. Pour mémoire, le groupe avait splitté en 2009, quelques mois d’ailleurs avant un dernier concert prévu et annulé à la péniche Excelsior en novembre 2009, laissant alors les deux entités se consacrer à leurs projets solos respectifs, THE HEALTHY BOY pour Benjamin Nérot et GRATUIT pour Antoine Bellanger. La mobilisation radiophonique du BQ72 ne laisse alors pas indifférent les organisateurs locaux de concerts : la Tériaki Prod et L’Excelsior sollicitent un retour à la scène des deux nantais, dont les tournées respectives avaient failli se croiser à la péniche Excelsior fin mars à 24 heures près. L’affaire est entendue, une résidence à la péniche Excelsior est calée en amont du festival où le groupe jouera en exclusivité et de nouveaux morceaux sont même annoncés durant l’été. Un article de fond publié dans le magazine d’investigation 20 Minutes explorait les causes les plus fréquentes des reformations de groupe en évoquant la nostalgie de l’adolescence, le retour de mode, l’appât du gain ou les carrière solo en berne : dans le cas de Belone Quartet, on est très loin de tout cela.
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30 août 2013, 22h12 : le duo retrouvé de Belone Quartet monte sur une petite scène ronde en milieu de la salle, sous un lustre suspendu de Jacky Jarry. De longues nappes de synthés composent une lente et longue introduction, qui tisse une belle texture sonore, propice à une méditation d’une dizaine de minutes, certes pas forcément à propos pour les spectateurs en mode festivalo-festif, mais qui pourtant n’a rien d’excessif dans la durée après une si longue attente de leur émouvante reformation. Les gars plongent les mains dans un plat rempli de feuilles mortes qu’ils écrasent plusieurs minutes durant (le FRAC Pays de la Loire n’a qu’à bien se tenir), puis Antoine Bellanger sort délicatement une allumette de sa boite, le suspens est alors total, vont-ils s’immoler là, tout de suite, en plein concert, pour célébrer leurs retrouvailles et nous offrir un incendie fédérateur digne de ceux du Fenice à Venise, du Parlement de Bretagne à Rennes ou de l’Hôtel de Ville de la Rochelle plus récemment, offrant par la même occasion à la ville d’Allonnes la possibilité de construire une nouvelle salle de spectacles ? Non, pas de feu, ou en tout cas un simple feu émotionnel qui embrase le public dès que le duo s’active plus farouchement et se met à chanter. Un premier titre, appelons-le requiem de la chance, ou plus simplement le morceau n°1, se découvre peu à peu pendant une vingtaine de minutes. Le format pop « radio edit » ne semble plus de mise et le duo multiplie les variations de mouvements et de refrains, entremêlés de chœurs virtuels vibrants. On ne comprend hélas pas très bien l’intégralité des paroles, mais les bribes perçues sont des plus touchantes : « il nous reste la chance cendre », « j’te foutrais des torgnoles », « t’as tout dans tes mains ». Sur un morceau suivant, un enchaînement décapant entre un quatre mains aux claviers et un tambourinage basse/batterie monstrueux, puis des montées en puissance synthétiques étourdissantes. Une quarantaine de minutes qui plongent les plus réceptifs du public dans un état second, donnant lieu à une querelle philosophico-sémantique entre ceux qui auront vu se manifester un cas flagrant d’« Extase » (Ravissement d’esprit qui, par une contemplation intense, transporte un être hors de la vie des sens) et ceux qui parleront davantage de « Sidération » (Anéantissement brusque des fonctions vitales, par électrocution, action de la foudre, hémorragie cérébrale, autrefois attribué à l’influence des astres). En tout cas, la proximité de la configuration scénique permet au public de ressentir la concentration, l’émotion, la générosité et le naturel d’Antoine Bellanger et de Benjamin Nérot, qui auront mis les petits plats dans les grands pour leur retour inespéré quelques mois plus tôt, avec ces trois inédits de haute voltige, avec une essence originelle retrouvée et augmentée du meilleur de ce que les deux hommes ont développé dans leurs projets persos.

Difficile d’enchaîner. Je vais prévenir les PETER KERNEL qu’ils peuvent monter sur scène et Barbara Lehnhoff me demande, en se montrant de profil, si « les cheveux, ça va comme cela ? ». Une vraie blonde, donc. Le groupe se déploie sur la largeur de la grande scène de Jean Carmet, avec de beaux tableaux lumineux de Thierry Nicolas et Cédric Papillon aux manettes, lesquels éclairent une sorte d’alcôve ou d’allée claustrée en fond de scène, un brin précieuse et désuète, délimitée par 3 pendrillons noués. Ultra efficace, le groupe déclenche une euphorie comparable à une méga boum dans laquelle « Alec Eiffel » des Pixies serait remixé avec la reprise de « Bull in the heather » de Sonic Youth par The Go! Team et « Everybody wants something » de Zit Remedy.

A suivre : SOLE, mythique cofondateur de l’écurie Anticon (label référence de hip-hop indépendant US), qui joue en avant-scène avec des lumières de Jérôme Michel, mais je rate le concert.

En clôture de soirée, les Hambourgeois d’INCITE/ mettent en branle un set particulièrement bluffant, avec une électro mouvementée et synchronisée à des animations et des visuels urbains projetés sur un écran géant de 8m par 6m, au centre duquel le couple, à l’apparence innocente digne d’un duo de présentateurs de Télématin, harangue gentiment le public. Malgré la sophistication des images qui appelle plutôt une contemplation posée, une énergie clubbing contagieuse s’empare doucement mais sûrement des spectateurs présents (dont un certain Félix K.). Les artistes, semblent-ils ravis de leur venue, terminent par des remerciements en images et un clin d’œil sympathique avec une animation du visuel de l’affiche réalisée par JULIEN PACAUD.

Du fait de l’implication de l’association logiquement concentrée sur le nouveau site d’Etoc Demazy, la décoration de Jean Carmet aura été très minimaliste à l’occasion de cette quatrième soirée No Data à Allonnes. Quelques voiles de tulle blanc dans la salle. Mathieu MOUJIK installe, entre le hall déserté et le bar en salle, une installation lumineuse qui n’a pas l’ampleur prévue du fait de complications techniques dans l’après-midi. Si Antoine Bellanger n’a pas mis le feu avec son allumette, Moujik a failli le faire pour de vrai avec sa surchauffe électrique. Son installation se résumera hélas à de pourtant très prometteurs panneaux lumineux de bus (cf. ceux qui indiquent notamment les destinations et les numéros des bus) savamment détournés et reprogrammés. Dans le hall d’entrée de la salle, il tentera d’ambiancer les moments de pause entre les concerts par une sélection des plus dansantes, sans réussir toutefois à un capter un public insuffisant et pressé de prendre l’air.

L’ombre au tableau, c’est en effet l’affluence restreinte. Moins de 200 entrées payantes, ce n’est vraiment pas à la hauteur d’une programmation aussi riche et fortement médiatisée, dans un bassin de population aussi important que celui de l’agglomération mancelle, et au regard de la présence constatée de spectateurs de Rennes, Nantes, Tours ou Caen dans l’effectif total. Au-delà des explications récurrentes lors de telles déconvenues (cf. le choix des spectateurs au sein d’une programmation de 4 jours difficile à suivre en exhaustivité, la concurrence d’une belle soirée d’été indien peu propice à un « enfermement » en salle, les contraintes financières possibles pour certains en fin de mois), la déception pose des questions structurelles sur l’attractivité d’un lieu de spectacles que L’Excelsior défend tout au long de l’année : pourtant riche en bons souvenirs musicaux, le complexe Jean Carmet n’a cette fois-ci vraiment pas réussi à redevenir the place to be le temps d’un soir, ce qui interroge notamment sur la qualité d’accueil du public, l’atmosphère et la vétusté du lieu, les difficultés d’accessibilité (pas de bus retour après minuit et quart). Des éléments à creuser, qui en tout cas soulèvent un sentiment certain de responsabilité et de regret de L’Excelsior, en tant que lieu d’accueil et en tant que partenaire d’un festival qui a par ailleurs rencontré un large public.


JOUR 3 – TERIAKIDS A L’ALAMBIK

Direction L’Alambik pour un ciné-concert pour les Kids et pour les plus grands. LA TERRE TREMBLE interprète une bande–son kraut-math-rock frénétique pour une série d’épisodes de « Tom & Jerry » de 1932 tout aussi effrénés et burlesques. Ca marche vraiment bien.

JOUR 3 – LA SIRENE & PARC DE TESSE

Concerts hélas pas vus, « Tériakids » oblige.

JOUR 3 – ETOC DEMAZY

La grande affaire du Festival aura été de rouvrir l’ancien hôpital psychiatrique Etoc Demazy, deux ans après L’Espace provisoire monté par un collectif d’artistes et d’associations dans une autre partie du complexe. A l’instar de son étrange patronyme, Etoc Demazy ouvre sur un univers mystérieux, d’un autre temps, d’un autre monde, et pourtant à seulement quelques mètres de la gare sud du Mans.

Même si certains ressentent avec un léger malaise la charge symbolique et historique du lieu (notamment en visitant les cellules ouvertes pour des installations des Beaux-Arts), le site du festival est particulièrement accueillant. Les bâtiments de briques et les cours enherbées transportent le public dans un univers architectural finalement assez proche de celui de Venise pour celui qui connaît l’Isola di San Pietro ou l’Arsenal de la Biennale. La décoration apportée est précise et inspirée : draps écrus sur le barriérage, bar aligné sous les arcades, scène au pied d’un édifice de trois étages, bancs pentagonaux disposés en retrait dans des courettes cloîtrées, où l’on retrouve la restauration proposée par la Team de Merci Connasse ainsi qu’une boutique de vinyles.

NORMAN BAMBI ouvre les festivités avec un set associant des compos électroniques raffinées et une fureur pop à la Animal Collective. Le voir sauter dans la terre battue, créant de légers nuages de poussières devant le public, sera une des images les plus bout en train du festival.

GABLE prend ensuite la main. Pas des inconnus en Sarthe (déjà vus au festival Tériaki 2010, rebelote à Carmet en 2011, puis Elektrik Campus à Eve en 2012), et pourtant ils paraissent métamorphosés sur scène. Peut-être habité par l’esprit du lieu, Thomas exprime une rage intense tant au micro que sur cageot. Un set massif et impressionnant, avec une qualité qu’on ne cite peut-être pas forcément dans les commentaires les plus coutumiers sur ce groupe : la puissance scénique, presque digne d’un concert d’Oasis d’il y a vingt piges (période Supernova Champagne). Oui, c’est peut-être farfelu et contradictoire de songer à Oasis après un concert de Gablé, mais il y en a pourtant d’autres qui les associent à Blur (cf. vidéo de GABLUR), autre fleuron de la brit pop qui a fait des ravages sur les plus grandes scènes de festivals européens. La conduite lumière de Maurice Lampoule n’a peut-être jamais été aussi précise et bien sentie.
Le concert sera en tout cas historique pour deux raisons : d’une part, il faudra désormais mentionner sur la page wikipedia de Gablé qu’Antoine Bellanger (de Belone Quartet et Gratuit), aura été l’un des collaborateurs occasionnels du trio caennais, du fait d’un featuring à la caisse claire sur l’un des titres. Probablement le fruit d’une idée de fin de nuit la veille à la « villa » hébergeant des artistes à Allonnes, preuve que le festival sait non seulement ravir le public mais également combler des musiciens qui se rencontrent et s’apprécient pendant les festivités. Sur le dossier de demande de subvention pour la prochaine édition, il y a donc mille raisons de cocher la case « spectacle vivant » puisqu’on est là définitivement, et au-delà des partitions musicales, dans une expérience de vie, réjouissante et fondamentale.
La deuxième anecdote mémorable restera les adieux à Elvis, numéro de ressuscitation du King par une illusion d’optique fameuse de Mathieu, masqué lors du dernier morceau, qui explique après coup au micro que l’attraction ne fera désormais plus partie du répertoire de Gablé, mais qui se fait piéger par une blague bien cool : des masques ont été distribués par des plaisantins à une ribambelle de complices disséminés dans le public et lorsque Mathieu retire son masque pour saluer le public, ils découvrent des dizaines d’Elvis pareillement affublés.

Les cloches sonnent et s’ouvrent alors les portes de la petite chapelle dans laquelle FELIX KUBIN a la lourde charge de succéder à Gablé. Reprenant ses plus grands classiques et quelques nouveautés, le maître de cérémonie allemand livre une grand messe électronique particulièrement classieuse et enjouée dans une chapelle où une projection animée dans le chœur dessine une sorte de vitrail numérique et où une vingtaine de lampes de bureaux accumulées par Maurice Lampoule sur l’autel font office de cierges à intensité variable. Le public est en transe et Félix Kubin incarne une des promesses les mieux tenues du festival.

Retour dans la cour des miracles pour le concert d’ADEBISI SHANK, il n’y aura cependant pas de miracle en ce qui concerne la qualité de la sonorisation du puissant trio, prise à défaut par l’excessivité du sonorisateur du groupe absorbé par sa propre fougue et insensible aux avertissements du sonomètre. Dommage de ne pas avoir pu goûter dans de meilleures conditions la prestation de ses irlandais, référence d’un math rock particulièrement revigorant et dont la venue en France faisant événement.

Fin de soirée avec CAMILLA SPARKS dans la chapelle qui prend alors une atmosphère clubbing particulièrement savoureuse. La chanteuse, par ailleurs membre de Peter Kernel, est accompagnée d’une danseuse vêtue d’un fuseau doré étincelant. Je ne la reconnais pas immédiatement, mais j’entends dire que c’est la fille qui exécute une chorégraphique sulfureuse dans le clip semi-censuré « Panico » de Peter Kernel. Aux invitations répétées à danser d’une chanteuse qui se jette plusieurs fois dans le public, les spectateurs les plus inspirés répondent par un début de queue-leu-leu qui ne parvient cependant pas à contaminer toute l’assemblée, pourtant conquise.

JOUR 4 – ABBAYE DE L’EPAU

Succès total pour cette nouvelle édition des Siestes qui ancre la manifestation abbatiale comme un rendez-vous désormais incontournable et synonyme de la fin de l’été au Mans (last big week-end of the summer, aurait dit Arab Strap), avec une attractivité croissante auprès du grand public, de plus en plus curieux des installations et des concerts proposés et propices à la rêverie.

J’arrive trop tard pour voir les fameux ELEKTRO GUZZI ou choper un des vingt casques de l’intime KIOSQUE ELECTRONIQUE permettant de savourer les sets de DENIS MONJANEL, puis de WILFRIED THIERRY.

Dans le dortoir des Moines, le CHANT DES FILAMENTS de Nicolas Villenave, installation magique et sensible composé de 49 lampes à incandescence, évoque un réveil boréal et un doux va et vient maritime. Elle souffre un peu du brouha dans la cour de l’Abbaye, victime de son succès en terme de fréquentation.

Tout au fond du parc, BERTUF envoûte par un concerto tout en délicatesse et en sonorités aériennes. Une invitation à replonger dans la discographie de l’artiste rennais et à réécouter Mils, matin, midi et soir.

Enfin, les allemands de CAMERA parachèvent le festival avec l’un des plus beaux concerts de la semaine. Après une attaque vrombissante, leur kraut-rock toujours tonique gagne un rythme de croisière plus propice à la léthargie et à l’allongement sur la pelouse. Dans la catégorie « rock hypnotique de fin d’après-midi », j’avais en référence absolue la vidéo d’un concert de BARDO POND à la septième édition du festival américain Terrastock. J’ai l’impression que nous n’en sommes pas très loin.

CONCLUSION

« Is this what you wanted », chantait Leonard Cohen sur l’album « New skin for the old ceremony ». Est-ce cela que nous voulions, en venant promener nos oreilles et nos yeux ébahis à cette 9ème édition du Festival Tériaki ? Oui, c’est cela, mille fois oui. Bravo !

Thomas Chateau, directeur de L’Excelsior

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